Manifestations cliniques
La plupart des patients atteints d’un syndrome d’hyper-IgM lié à l’X développent des symptômes cliniques dans les deux années qui suivent la naissance. Le problème le plus fréquent est une augmentation de la susceptibilité aux infections.
Les infections les plus fréquentes sont des infections récurrentes du tractus respiratoire supérieur et inférieur. Le plus souvent, il s’agit d’infections bactériennes. D’autres micro-organismes peuvent également provoquer de graves infections. Par exemple, la pneumonie à Pneumocystis carinii est relativement fréquente pendant les premiers mois suivant la naissance. Le diagnostic de cette infection peut être le premier indice de la présence d’un syndrome d’hyper-IgM lié à l’X chez un enfant. Des infections pulmonaires peuvent également être provoquées par des virus comme le cytomégalovirus et des champignons comme le Cryptococcus.
Certains patients manifestent également des troubles gastro-intestinaux, le plus souvent des diarrhées ou de la malabsorption. Un des principaux micro-organismes responsables de symptômes gastro-intestinaux est le Cryptosporidium qui peut provoquer une cholangite sclérosante, maladie grave des voies biliaires du foie. Environ la moitié des patients atteints d’un syndrome d’hyper-IgM lié à l’X développent une neutropénie (numération insuffisante des globules blancs), passagère ou persistante dont la cause est inconnue. La plupart des patients répondent cependant à un traitement par le facteur stimulant la formation des granulocytes, le G-CSF. La neutropénie est souvent associée à des ulcères de la bouche, à une proctite (inflammation du rectum) et à des infections de la peau.
Chez les patients atteints d’un syndrome d’hyper-IgM lié à l’X, on constate un gonflement des ganglions lymphatiques plus fréquemment que dans les autres déficits immunitaires primitifs. Ces patients ont souvent des amygdales gonflées, une grosse rate et des ganglions lymphatiques gonflés.
Les patients atteints d’un syndrome d’hyper-IgM lié à l’X peuvent également manifester des maladies auto-immunes, notamment de l’arthrite chronique, une thrombocytopénie (taux de plaquettes insuffisant), une anémie hémolytique, une hypothyroïdie et une néphropathie.
Diagnostic
Il faut envisager un diagnostic de syndrome d’hyper-IgM lié à l’X chez tout garçon qui présente une hypogammaglobulinémie caractérisée par des taux d’IgG et d’IgA faibles ou nuls, associés à des taux normaux ou élevés d’IgM. L’absence d’expression du ligand CD40 sur les lymphocytes T activés est caractéristique de la maladie.
Cependant, certains patients atteints d’un déficit immunitaire commun variable peuvent présenter une forte diminution de l’expression du ligand CD40 malgré un gène parfaitement normal codant le ligand CD40.
Le diagnostic final du syndrome d’hyper-IgM lié à l’X dépend donc de l’identification de la mutation affectant le gène du ligand CD40.
Ce type d’analyse de l’ADN n’est effectué que dans certains laboratoires spécialisés.
Transmission héréditaire
Le syndrome d’hyper-IgM lié à l’X est héréditaire et lié à un gène récessif lié à l’X. Il n’affecte donc que les garçons.
Le lecteur se reportera à des articles relatifs à la transmission héréditaire pour des informations plus détaillées sur le mode de transmission entre générations d’une affection provoquée par un gène récessif lié à l’X. Comme il s’agit d’une maladie héréditaire provoquée par un gène récessif lié à l’X, des frères ou des oncles maternels peuvent être affectés. Néanmoins, comme pour d’autres affections liées à l’X, il est possible que personne d’autre ne soit affecté dans la famille.
Un diagnostic prénatal est possible si le fœtus est de sexe masculin et si on connaît la mutation précise du gène codant pour le ligand CD40 présente dans la famille. On peut également déterminer par des tests si un membre de la famille de sexe féminin est porteur de la mutation et donc si cette personne présente un risque d’avoir un fils atteint.
Traitement
Comme les patients atteints d’un syndrome d’hyper-IgM lié à l’X sont gravement déficients en IgG, ils ont besoin de perfusions régulières d’immunoglobulines (toutes les 3 à 4 semaines). Ce traitement réduit efficacement le nombre d’infections. Les perfusions régulières d’immunoglobulines permettent de fournir les IgG manquantes, ce qui entraîne généralement une réduction ou une normalisation des taux d’IgM circulant dans le sang.
Comme les patients atteints d’un syndrome d’hyper-IgM lié à l’X sont particulièrement sensibles aux pneumonies à Pneumocystis carinii, il peut s’avérer nécessaire d’instituer un traitement préventif avec du triméthoprime-sulfaméthoxazole dès que le diagnostic de syndrome d’hyper-IgM lié à l’X est établi.
Parfois, la neutropénie s’améliore grâce au traitement par les immunoglobulines intraveineuses. Les patients avec neutropénie persistante peuvent également répondre au traitement avec le facteur stimulant la formation des granulocytes (G-CSF). Un traitement avec le G-CSF n’est cependant nécessaire que pour certains patients sélectionnés. Il n’est pas recommandé d’utiliser ce traitement pour de longues durées.
Comme les autres patients présentant un déficit immunitaire primitif, les garçons atteints d’un syndrome d’hyper-IgM lié à l’X ne doivent pas recevoir de vaccins vivants atténués à cause du risque d’infection par le vaccin lui-même.
Il est également important de réduire les risques de consommation d’eau de boisson contaminée par le Cryptosporidium puisque ce micro-organisme peut provoquer de graves infections gastro-intestinales et une maladie hépatique chronique. La famille doit être proactive et contacter les autorités responsables de la distribution locale d’eau pour savoir si l’eau est sûre et testée pour l’absence de Cryptosporidium.
Le traitement par des immunoglobulines intraveineuses ne permet pas une protection complète contre toutes les infections des patients présentant un syndrome d’hyper-IgM lié à l’X puisqu’en plus de l’hypogammaglobulinémie, la fonction de leurs lymphocytes T est déficiente. On a donc recommandé ces dernières années la greffe de cellules souches de moelle osseuse ou de sang de cordon. Si le patient a des frères et sœurs sains issus de mêmes parents, on peut procéder à un typage tissulaire de toute la famille (c’est-à-dire du patient et des donneurs potentiels) pour déterminer si un membre de la fratrie a un type HLA identique et peut servir de donneur pour une greffe de moelle osseuse. Plus d’une douzaine de patients avec syndrome d’hyper-IgM lié à l’X ont reçu une greffe d’un frère ou d’une sœur de type HLA identique et les résultats ont été excellents. Il est donc possible de guérir définitivement cette affection. On a également effectué avec succès des greffes de cellules souches de sang de cordon partiellement ou totalement compatibles et ces greffes ont permis de reconstituer le système immunitaire. Cette stratégie est particulièrement prometteuse si un donneur compatible de la fratrie n’est pas disponible. Les greffes avec donneur compatible non apparenté donnent des résultats presque aussi bons qu’avec un donneur compatible de la fratrie, particulièrement si elles sont effectuées chez des enfants encore jeunes (avant 8 ans). Comme les patients atteints d’un syndrome d’hyper-IgM lié à l’X manifestent une forte réponse des lymphocytes T contre les greffes et notamment contre les greffes de moelle osseuse, il est nécessaire d’utiliser des médicaments immunosuppresseurs ou une irradiation à faible dose avant la greffe.
Pronostic médical
Malgré un déficit en IgG et en IgM, ainsi qu’une certaine déficience fonctionnelle des lymphocytes T, les enfants atteints d’un syndrome d’hyper-IgM lié à l’X peuvent bénéficier de divers traitements efficaces qui leur permettent de se développer avec bonheur et de parvenir à l’âge adulte.
