Manifestations cliniques
Apparence du visage
Les enfants affectés peuvent présenter une incurvation de la bouche vers le haut, un sous-développement du menton, une déviation des yeux vers le bas, une implantation basse des oreilles et des défauts du haut des lobes des oreilles. Ces anomalies faciales sont très variables d’un enfant à l’autre et sont discrètes chez de nombreux enfants affectés.
Anomalies des parathyroïdes
Les enfants affectés peuvent présenter un développement insuffisant des parathyroïdes (hypoparathyroïdie) qui sont deux petites glandes situées dans le cou près de la glande thyroïde (d’où leur nom, « parathyroïdes »). Leur fonction est de contrôler le métabolisme normal et le taux de calcium dans le sang. Les enfants atteints du syndrome de DiGeorge peuvent présenter des troubles du maintien d’un taux normal de calcium dans le sang, ce qui peut entraîner des tétanies (convulsions). Dans certains cas, les parathyroïdes sont peu affectées ou normales. L’hypoparathyroïdie peut s’améliorer dans le temps.
Anomalies cardiaques
Les enfants affectés peuvent présenter diverses anomalies du cœur. Ces anomalies impliquent essentiellement l’aorte et son origine à la sortie du cœur. Comme pour les autres anomalies du syndrome de DiGeorge, les atteintes cardiaques varient d’un enfant à l’autre. Chez certains enfants, elles peuvent être bénignes ou absentes.
Anomalies du thymus
Les bébés et les enfants affectés peuvent présenter des anomalies du thymus. Le thymus est une glande normalement située à la partie supérieure de l’avant de la poitrine. Pendant les trois premiers mois de développement dans l’utérus, le thymus commence à se développer dans le haut du cou. En se développant, la taille du thymus augmente et l’organe descend dans la poitrine jusqu’à son emplacement définitif, derrière le sternum et au-dessus du cœur.
Le thymus contrôle le développement et la maturation d’un type de lymphocytes, les lymphocytes T (« T » pour « thymus »). Les lymphocytes T sont essentiels pour la résistance à certaines infections virales et mycosiques. Les lymphocytes T aident également les lymphocytes B à se transformer en plasmocytes et produire des immunoglobulines ou anticorps (se reporter à la partie relative au système immunitaire). La fonction des lymphocytes T des patients atteints d’un syndrome de DiGeorge peut être défectueuse, ce qui entraîne une augmentation de la susceptibilité aux infections virales, mycosiques et bactériennes. Comme pour les autres anomalies du syndrome de DiGeorge, l’atteinte des lymphocytes T varie d’un patient à l’autre. En outre, les déficiences bénignes peuvent s’améliorer dans le temps.
Autres manifestations cliniques
Les patients atteints du syndrome de Di George peuvent occasionnellement présenter d’autres anomalies comme une fente palatine, un dysfonctionnement du palais, un retard d’acquisition du langage, des troubles de la mastication et de la déglutition. Certains patients ont aussi des troubles de l’apprentissage et souffrent d’hyperactivité.
Diagnostic
Le diagnostic du syndrome de DiGeorge est généralement posé sur la base des signes et symptômes présents à la naissance ou apparaissant peu après.
Certains enfants peuvent présenter les anomalies faciales caractéristiques du syndrome de DiGeorge ou encore des symptômes liés à l’hypocalcémie (faible taux de calcium dans le sang), due à l’hypoparathyroïdie. Les examens de laboratoire peuvent révéler l’hypocalcémie. L’enfant peut aussi être « crispé » ou faire des crises de tétanie (convulsions).
Les enfants affectés peuvent également manifester des signes et symptômes d’une anomalie cardiaque. L’auscultation du cœur lors d’un examen de routine peut révéler un souffle cardiaque, l’enfant peut montrer des signes d’insuffisance cardiaque ou être cyanosé (bleu) à cause du manque d’oxygène dans le sang artériel. Les enfants affectés peuvent aussi manifester des symptômes d’infection liés à un sous-développement du thymus et au déficit fonctionnel des lymphocytes T. Certains enfants présentent déjà des signes ou symptômes à la naissance ou dès les premiers jours ; chez d’autres ils n’apparaissent qu’après quelques semaines ou plusieurs mois. On constate de grandes variations de la présentation clinique du syndrome de Di George. Chez certains enfants, tous les organes et tissus du champ sont affectés. Ces enfants présentent les anomalies faciales caractéristiques, l’hypocalcémie liée à l’hypoparathyroïdie, les anomalies cardiaques et un déficit quantitatif et fonctionnel des lymphocytes T. Chez d’autres enfants, seuls certains organes et tissus sont affectés, à des degrés variables d’un patient à l’autre. Les variations concernent donc les organes et tissus affectés mais également la gravité des anomalies des organes et tissus affectés.
Autrefois, on posait le diagnostic de syndrome de DiGeorge sur la base de la présence d’au moins trois anomalies caractéristiques. De nombreux cas bénins n’étaient pas diagnostiqués. La base génétique du syndrome a cependant été identifiée, il y a quelques années. Plus de 90 % des patients chez qui a été posé le diagnostic du syndrome de DiGeorge ont une petite délétion d’une partie spécifique du chromosome 22 en position 22q11,2. Plusieurs techniques permettent de déceler la délétion. On utilise le plus souvent une hybridation par fluorescence in situ (FISH). L’hybridation in situ a permis de rendre plus précis le diagnostic du syndrome de DiGeorge.
Traitement
Le traitement du syndrome de DiGeorge vise à corriger les anomalies des organes ou tissus affectés. Le traitement dépend donc de la nature et de la gravité de l’anomalie.
Le traitement de l’hypocalcémie et de l’hypoparathyroïdie peut nécessiter un traitement par le calcium et l’administration d’hormone parathyroïdienne de substitution.
Une anomalie du cœur peut nécessiter l’administration de médicaments pour améliorer la fonction cardiaque ou une correction chirurgicale. Le type d’intervention chirurgicale dépend de la nature du défaut cardiaque. Une intervention chirurgicale peut être pratiquée avant la correction du déficit immunitaire. Il faut cependant observer toutes les précautions généralement prises pour les enfants présentant un déficit en lymphocytes T, comme irradier tous les produits sanguins pour empêcher une réaction du greffon contre l’hôte.
Comme mentionné plus haut, le déficit immunitaire fonctionnel des lymphocytes T varie d’un enfant à l’autre. Les besoins thérapeutiques diffèrent donc également d’un enfant à l’autre. De nombreux enfants présentant un syndrome de DiGeorge ont une fonction lymphocytaire T parfaitement normale et n’ont pas besoin d’un traitement pour immunodéficience. D’autres enfants présentent initialement une légère déficience fonctionnelle des lymphocytes T mais qui s’améliore avec l’âge. Cette amélioration spontanée et l’augmentation des performances des lymphocytes T sont associées à la croissance d’un thymus minuscule mais fonctionnel. Dans la plupart des cas de syndrome de DiGeorge, le petit thymus grossit finalement et permet une fonction lymphocytaire T adéquate. Chez d’autres enfants (environ 25 %), le thymus est complètement absent ou ne grossit jamais assez pour développer un nombre suffisant de lymphocytes T. La sévérité du déficit dépend de la masse de tissu thymique que l’enfant développe. Chez certains enfants avec syndrome de DiGeorge, le déficit des lymphocytes T est si important que les lymphocytes B ne produisent pas suffisamment d’anticorps. Les anticorps sont en effet produits par les lymphocytes B sous la direction d’un sous-groupe spécifique de lymphocytes T (se reporter à a partie relative au système immunitaire).
Comme on l’a vu, tous les enfants avec syndrome de DiGeorge n’ont pas besoin d’un traitement du déficit immunitaire. Pour les enfants pour lesquels un traitement pour immunodéficience est nécessaire, certaines formes de transplantation de tissu immunitaire normal peuvent être utiles. Le défaut immunitaire du syndrome de DiGeorge implique le thymus et les lymphocytes T. On a donc utilisé des greffes de thymus chez les enfants avec syndrome de DiGeorge. En réalité, on a commencé à greffer des thymus fœtaux avec succès pour le syndrome de DiGeorge dès 1968. Le taux de succès global est difficile à déterminer du fait de l’utilisation de techniques différentes et parce que l’état de certains enfants greffés se serait de toute manière amélioré spontanément sans greffe. On a récemment effectué avec succès des greffes de moelle osseuse avec donneurs compatibles issus de la fratrie chez des patients atteints d’anomalies graves de lymphocytes T et B. De nouvelles techniques de greffe de thymus ont également amélioré les résultats à long terme.
Pronostic médical
L’avenir d’un enfant avec syndrome de DiGeorge dépend du niveau de gravité des anomalies présentes.
La gravité de l’atteinte cardiaque est généralement le facteur le plus déterminant. Comme mentionné plus haut, la plupart des enfants n’ont pas de déficit immunitaire ou seulement un déficit passager.
En cas de déficit grave et persistant, un traitement correcteur est nécessaire.
